Bonheur : 4 substances chimiques

Il y a quelque jours, j’ai vu passer sur Twitter une photographie montrant un nombre important des participants de la conférence ALE2015 en train de travailler activement, allongés par terre, à expérimenter les phénomènes biologiques régissant le bonheur. En recherchant rapidement sur la toile, je suis tombé sur cette vidéo de Simon Sinek dans laquelle il explique le rôle de plusieurs hormones dans la construction de la sensation de bonheur. Je me propose ici de vous présenter ces substances et d’expliquer leur fonctionnement et leurs effets.

Le bonheur, ça ressemble à ça par exemple : Ocytocine

Le bonheur pour soi

Endorphine

L’endorphine est une hormone dont la libération est déclenchée lors d’une activité physique intense ou par la douleur. Elle procure une sensation de bien-être tout en ayant un effet analgésique, réduisant la perception de la douleur.  Elle constitue pour les vertébrés un moyen efficace de rester actif dans une position de faiblesse, ce qui augmente les chances de survie.

Ses effets permettent également de combattre l’anxiété et la dépression. Le rire et l’orgasme, comme le chocolat noir et l’aromathérapie, déclenchent la production d’endorphine qui contribue à la sensation de bonheur et de plaisir.

Dopamine

La dopamine nous encourage à agir pour nos objectifs, nos désirs et nos besoins, et procure du plaisir lorsque nous y parvenons. Les doutes, la procrastination et le manque d’enthousiasme sont liés à de faibles niveaux de dopamine tout comme le recours à des solutions de facilité entrainant un gain moindre.

Les objectifs macroscopiques peuvent être découpés en objectifs plus petits afin de permettre la libération de dopamine tout au long d’un projet d’envergure plutôt qu’en une seule fois à la fin. Ceci permet de garder plus facilement sur le long terme l’effet bénéfique de la dopamine et d’entretenir l’enthousiasme des débuts. Par ailleurs, il est important de célébrer réellement l’atteinte de chacun de ces objectifs pour rendre effectifs les bénéfices de la sécrétion de dopamine.

Il est également important d’éviter de se retrouver sans objectif après l’atteinte du dernier, en prévoyant les prochaines étapes avant la fin de celles en cours. Si une production continue de dopamine peut permettre d’aller très loin dans l’atteinte de nos objectifs, une gueule de bois de dopamine peut s’avérer fatale pour la motivation personnelle.

La dopamine possède néanmoins un côté obscur. Ces effets se révèlent rapidement addictifs. Ce ne serait pas un problème si l’effet se résumait à l’envie d’atteindre ses buts, mais cette envie peut rapidement se prolonger au détriment de tout le reste : sécurité, vie personnelle, etc. Il en résulte pour les sujets accros à la dopamine une tendance à multiplier les comportements à risque pour maximiser la production de dopamine.

Le bonheur ensemble

Sérotonine

La sérotonine nous procure une sensation de plaisir lorsque nous nous sentons important et reconnu. La solitude et la dépression apparaissent lorsque la sérotonine est au plus bas. La plupart des traitements anti-dépresseurs se focalisent sur la production de sérotonine. Le manque de considération et de reconnaissance peut pousser des personnes à rechercher un environnement au sein duquel elles pourront trouver plus facilement leur place. Ce mécanisme est très présent dans les gangs et le milieu criminel.   

Contrairement à la dopamine et à l’endorphine, la présence de témoin influence la production de la sérotonine. Elle est produite chez la personne qui est reconnue pour ses actes, mais également chez les personnes qui assistent à l’événement qui en est à l’origine. L’impact pour le spectateur et pour l’acteur de cet événement est tel qu’il suffit ensuite à l’un ou l’autre de se remémorer la situation pour bénéficier à nouveau des effets de la sérotonine.

Cet effet de « mémoire » ne se limite par ailleurs pas qu’aux souvenirs véritables, mais également aux situations imaginées de toutes pièces et permet aux personnes qui arrivent à s’identifier avec une image gratifiante de profiter d’une récompense hormonale indue. L’industrie a bien compris ce mécanisme et c’est notamment pour cela que les marques apposent leurs logos à l’extérieur des produits qu’elles vendent, afin de stimuler l’identification et la possibilité de reconnaissance de l’acheteur.

En dehors des situations sociales, une activité physique régulière et l’exposition au soleil permettent d’augmenter naturellement les niveaux de sérotonine dans l’organisme.

Ocytocine

L’ocytocine crée la sensation d’intimité, la confiance, le sentiment de protection et permet de construire des relations saines. Elle est libérée lors de l’orgasme, et par les mères lors de la naissance et de l’allaitement. Son importance est capitale dans la constitution de groupes et elle permet de remplacer des comportements offensifs et individuels par des comportements défensifs et collectifs.

Un moyen simple de faire monter le niveau d’ocytocine est le contact physique. Comme pour la sérotonine, toutes les personnes impliquées dans le contexte de production de l’ocytocine bénéficient de ses effets. Il est possible d’arriver à des niveaux d’ocytocine permettant d’assurer la performance d’une équipe en travaillant sur la confiance, l’authenticité, la sécurité et la vulnérabilité entre ses membres.  Se prendre dans les bras ou se faire des cadeaux sont des moyens à la fois très simples et très efficaces pour augmenter le niveau d’ocytocine.

Cortisol, l’hormone du stress

La production de cortisol est déclenchée par le stress. A l’origine prévue pour permettre aux animaux de réagir en situation de danger imminent, cette hormone nous pousse à fuir ou à combattre, en augmentant nos perceptions et induisant chez l’individu un état d’esprit proche de la « paranoïa » pour accroître sa réceptivité au danger. De nos jours, la « menace » omniprésente sur le plan économique, géopolitique, sociétal et même familial entraine la multiplication des prétextes pour la production de cortisol à tout va. Aujourd’hui, on considère qu’il est normal de couvrir ses arrières pour tout et n’importe quoi, de considérer que la méfiance est la meilleure attitude à avoir a priori envers quelqu’un que l’on ne connait pas, etc. Le niveau de cortisol chez les individus ne diminue plus comme il devrait le faire lorsque la menace s’éloigne.

Le cortisol est une hormone d’urgence, son but est l’action immédiate pour la survie. Par conséquent, tous les mécanismes annexes qui ne contribuent pas directement à l’action sont désactivés pour permettre à l’individu de disposer d’une plus grande quantité d’énergie pour assurer sa survie propre. La pousse des cheveux et des ongles s’interrompt. Le système immunitaire est mis en pause, il y a plus urgent à faire. La production de sérotonine et d’ocytocine est inhibée. Les liens sont brisés, la sécurité du groupe est perdue. Chacun oeuvre alors pour sa survie en ignorant les autres.

Si l’on veut assurer la survie des individus et du groupe à long terme, il est nécessaire de réduire au maximum le niveau de cortisol et ses effets. Dormir suffisamment, méditer, boire du thé noir, passer du temps en bonne compagnie, se relaxer sont autant de solutions efficaces pour chasser le stress et le cortisol, et retrouver un état normal et sain.

Conclusion

Il n’est pas rare de nos jours de voir à quel point notre société est obnubilée par la performance et l’efficacité et déconsidère toute démarche visant à permettre aux gens de se reconnecter avec eux-mêmes et de trouver le bonheur auquel ils sont en droit d’aspirer. Ce que nous venons de voir est un élément qui nous donne pourtant à penser que la recherche de l’un (le bonheur) est un pré-requis nécessaire à la recherche de l’autre (la performance). En inversant la relation entre ces deux éléments, l’économie compétitive actuelle rend inopérant un formidable levier pour la performance : rendre les gens heureux pour les rendre productifs.

Métaphore, sachons les laisser filer

Lorsque nous parlons d’une chose, il est courant que nous employons des mots issus d’autres contextes pour véhiculer certaines des idées que nous associons à notre sujet. Nous pouvons le faire en utilisant une comparaison en explicitant le lien de similarité entre les mots (« X est comme Y ») ou directement en utilisant l’un pour l’autre au moyen d’une métaphore (« X est un Y » ou « X, le Y »).

Iceberg comme metaphore de l'esprit

Qu’est-ce qu’une métaphore ?

Voyons ce que nous dit Wikipedia sur les métaphores :

La métaphore […] est une figure de style fondée sur l’analogie et/ou la substitution. C’est un type particulier d’image sans outil de comparaison qui associe un terme à un autre appartenant à un champ lexical différent afin de traduire une pensée plus riche et plus complexe que celle qu’exprime un vocabulaire descriptif concret.

L’usage de la métaphore s’étend donc de l’association d’idée par analogie, entre le sujet et l’objet que l’on choisit pour le représenter (que j’appellerais ici image), à la substitution complète du sujet par l’image choisie.

Un peu plus loin, je trouve ceci :

Elle est également utilisée par les spécialistes qui veulent à la fois conceptualiser un phénomène et le vulgariser…

Donc une métaphore peut être utilisée à la fois pour représenter un phénomène dans toute sa complexité et pour en simplifier la description à des fins de communication.

La métaphore comme aide à la compréhension

Lors de mes années de prépa, j’ai eu l’occasion de découvrir l’électro-magnétisme et les équations de Maxwell sous un jour nouveau lorsque nous avons abordé la mécanique des fluides. Les équations que je connaissais pour leur application à l’électro-magnétisme étaient celles qui régissaient aussi l’écoulement des fluides. Bien que s’appliquant à des grandeurs physiques sans lien commun, ces phénomènes présentent une analogie qui n’avait pas échappé à Maxwell  :

« Une analogie physique existe telle que la similarité partielle entre les lois d’une science et celles d’une autre fait de chacune d’elle l’illustration de l’autre. » Traduction approximative : pour la version originale l’article est ici.

Cette similarité m’a permis de me servir de ce que je savais déjà pour pouvoir appréhender plus rapidement cette nouvelle discipline et m’en servir à nouveau quelques années plus tard pour ma thèse de doctorat sur les accéléromètres à détection thermique. Electromagnétisme et mécanique des fluides constituent chacun pour l’autre une puissante métaphore.

Quand nous disposons d’une métaphore, lorsque celle-ci est pertinente, ce que nous savons sur l’image permet d’appréhender plus facilement les caractéristiques du sujet de cette métaphore. La similarité peut exister au niveau des attributs (par exemple la ruse pour quelqu’un qu’on qualifie de renard) ou au niveau des comportements (et je ne vous parlerais pas du fameux boute-en-train).

Tant que nous pouvons confirmer les similarités entre le sujet et son image, nous disposons d’un moyen efficace pour évoquer les caractéristiques du sujet, et bien souvent de nouvelles pistes à creuser pour mesurer à quel point le sujet et l’image sont semblables.

Communiquer par métaphore

Utiliser des métaphores est un moyen puissant pour transmettre à son interlocuteur une image complexe et riche. Mais pour que ce mécanisme (attention métaphore) fonctionne, il est nécessaire que les participants disposent d’un référentiel commun qui leur permettent de comprendre quelles caractéristiques sont véhiculées par la métaphore. Comme nous avons eu l’occasion de le voir dans l’article sur les lois de Wiio, tout le monde n’associe pas les mêmes choses aux mêmes sujets.

Un ours, par exemple, est-il :

A – Mignon
B – Bougon
C – Un carnivore capable de décapiter un humain d’un coup de patte ?

Pour être sur de bien se comprendre, il n’est pas inutile d’expliciter la caractéristique que l’on souhaite mettre en avant.

Contamination par une métaphore

Même quand nous pensons savoir précisément de quoi nous parlons, nous sommes susceptibles de nous laisser prendre au jeu de la métaphore à nos dépens. Tout à l’heure, je parlais de la nécessité de vérifier ce sur quoi porte la similarité, mais par économie ou par confort, nous ne prenons pas toujours la peine de le faire, et nous nous exposons à certains abus de métaphore.

Si pour parler d’une entreprise, je dis qu’il s’agit d’une famille, ou une machine, je projette une image que j’ai choisi pour véhiculer des valeurs et une certaine approche sur une chose qui n’en possède peut-être pas les caractéristiques, aussi fort que nous voulions le croire parfois. Quand je demande pourquoi les commerciaux d’une entreprise se tirent dans les pattes à la première occasion et que quelqu’un me répond joyeusement « Parce que c’est la guerre ! », cela m’en dit long sur les proportions que peuvent prendre la projection de certaines images. Et en général je demande « La guerre avec qui ? Qui est l’ennemi ? » car dans toute guerre il y a un ennemi, ne plus savoir qui est l’ennemi est le meilleur moyen de poursuivre le combat contre ceux qui furent nos alliés et qui devraient encore l’être.

Pour revenir sur la conception de l’entreprise comme une machine ou une famille, chacune de ces visions ne constituent pas une représentation fidèle de l’entreprise. Certaines caractéristiques manquantes dans la métaphore peuvent s’avérer essentielles et être rejetées par l’idée de l’adhésion à la métaphore avec par exemple des phrases comme « dans une famille, ça ne se passe pas comme ça ! »

Repenser sa métaphore

Sans en arriver à jeter complètement la métaphore qui nous avait si bien servi jusqu’alors, il peut être nécessaire de se pencher sur les similarités qui existent vraiment entre le sujet et l’image et décider si elle est encore valide ou pas.

Il est possible de modifier ou de préciser simplement la métaphore (finalement, nous ne sommes pas tout à fait une voiture de sport, plus un utilitaire pratique, mais on reste une mécanique bien huilée) ou de changer complètement de point de vue pour mettre en avant d’autres caractéristiques.

Se passer de métaphore

En dernier recours, il est toujours possible de se passer complètement de métaphore. Cela nécessite de décrire précisément tout ce dont nous parlons, dans le détail, mais c’est possible. La patience et le temps dont nous disposons pour communiquer sont les seuls facteurs limitants de cette démarche qui me viennent, mais c’est possible.

Et aux âmes poètes qui ne sauraient s’en passer, et j’en fais parti, je recommanderais de faire usage de métaphore avec sagesse et de s’assurer que ceux à qui elle est destinée sachent l’apprécier pleinement sans l’abuser, pour ce qu’elle est, ni plus ni moins qu’une image.