Un soir que je dinais avec une amie dans un restaurant en échangeant sur les derniers rebondissements de nos parcours respectifs, je savourais la qualité des mets et la tranquillité de la salle dont l’atmosphère sonore était particulièrement reposante. Ce calme douillet n’était perturbé que très occasionnellement par un echo lointain du vacarme qui se faisait entendre lorsque la porte qui menait aux cuisines s’entrouvrait plus que d’habitude. Visiblement ça chauffait en cuisine, mais la salle et les clients étaient à l’abri du tumulte.

Autre lieu, autre soir. D’autres histoires sont échangées. Mais aussi arrivent à notre connaissance d’autres désagréments quand les difficultés rencontrées en cuisine viennent envahir l’espace du service, transformant l’expérience des clients en inconfort et justifiant leur départ, et probablement aussi le fait de ne pas revenir à cet endroit.

Autre jour, autre contexte. Chez un éditeur de logiciels, la cuisine est en flammes et toute l’équipe de “combattants du feu” est sur le pont pour remettre de l’ordre suite à un incident qui s’est produit lors d’une mise en production. Sur le plateau où travaillent notamment les développeurs faisant partie de la task-force, les gens évoquent entre eux l’indisponibilité de la plateforme sans s’en émouvoir. Au fond, ça fait partie du quotidien d’un éditeur.

Autre époque, autre projet. Chez un autre éditeur de logiciels, une nouvelle cuisine en flammes. Branle-bas de combat général. Toutes les activités en cours sont stoppées pour se concentrer sur la résolution de la situation présente, un compte-rendu détaillé et demandé minute par minute pour s’assurer que les choses sont sur la bonne voie, parcequ’on sait très bien que “si on est pas derrière les gens, les choses ne vont pas se faire”.

Autre temps, autre collectif. Je suis en réunion avec une équipe et MA cuisine est en flammes. Je dis ce que j’ai à dire sans me soucier de ce que ça fera aux autres, parce que pour moi, à cet instant, il est de la plus haute importance qu’ils l’entendent parce que si ce n’est pas moi qui le dit, personne ne le dira à ma place. Et cela doit être dit et entendu MAINTENANT ! Sinon ce sera trop tard.

Autre ère, autres êtres. Cerveau-Coeur-Cuisine en flammes. Je suis soudainement conscient que je m’écoute trop. Et avant de déverser et de faire subir l’incendie qui m’enflamme, je prends le soin de ventiler un peu plus, inspirer, expirer. Résister encore un peu au sentiment d’urgence et pouvoir dire : “Hey les amis ! Ma cuisine est en feu ! Avant de pouvoir reprendre le cours de ce que nous faisions, est-ce que vous pourriez venir m’aider à apaiser l’incendie ?”

Au fond, c’est ça une alliance.