Métaphore, sachons les laisser filer

Lorsque nous parlons d’une chose, il est courant que nous employons des mots issus d’autres contextes pour véhiculer certaines des idées que nous associons à notre sujet. Nous pouvons le faire en utilisant une comparaison en explicitant le lien de similarité entre les mots (« X est comme Y ») ou directement en utilisant l’un pour l’autre au moyen d’une métaphore (« X est un Y » ou « X, le Y »).

Iceberg comme metaphore de l'esprit

Qu’est-ce qu’une métaphore ?

Voyons ce que nous dit Wikipedia sur les métaphores :

La métaphore […] est une figure de style fondée sur l’analogie et/ou la substitution. C’est un type particulier d’image sans outil de comparaison qui associe un terme à un autre appartenant à un champ lexical différent afin de traduire une pensée plus riche et plus complexe que celle qu’exprime un vocabulaire descriptif concret.

L’usage de la métaphore s’étend donc de l’association d’idée par analogie, entre le sujet et l’objet que l’on choisit pour le représenter (que j’appellerais ici image), à la substitution complète du sujet par l’image choisie.

Un peu plus loin, je trouve ceci :

Elle est également utilisée par les spécialistes qui veulent à la fois conceptualiser un phénomène et le vulgariser…

Donc une métaphore peut être utilisée à la fois pour représenter un phénomène dans toute sa complexité et pour en simplifier la description à des fins de communication.

La métaphore comme aide à la compréhension

Lors de mes années de prépa, j’ai eu l’occasion de découvrir l’électro-magnétisme et les équations de Maxwell sous un jour nouveau lorsque nous avons abordé la mécanique des fluides. Les équations que je connaissais pour leur application à l’électro-magnétisme étaient celles qui régissaient aussi l’écoulement des fluides. Bien que s’appliquant à des grandeurs physiques sans lien commun, ces phénomènes présentent une analogie qui n’avait pas échappé à Maxwell  :

« Une analogie physique existe telle que la similarité partielle entre les lois d’une science et celles d’une autre fait de chacune d’elle l’illustration de l’autre. » Traduction approximative : pour la version originale l’article est ici.

Cette similarité m’a permis de me servir de ce que je savais déjà pour pouvoir appréhender plus rapidement cette nouvelle discipline et m’en servir à nouveau quelques années plus tard pour ma thèse de doctorat sur les accéléromètres à détection thermique. Electromagnétisme et mécanique des fluides constituent chacun pour l’autre une puissante métaphore.

Quand nous disposons d’une métaphore, lorsque celle-ci est pertinente, ce que nous savons sur l’image permet d’appréhender plus facilement les caractéristiques du sujet de cette métaphore. La similarité peut exister au niveau des attributs (par exemple la ruse pour quelqu’un qu’on qualifie de renard) ou au niveau des comportements (et je ne vous parlerais pas du fameux boute-en-train).

Tant que nous pouvons confirmer les similarités entre le sujet et son image, nous disposons d’un moyen efficace pour évoquer les caractéristiques du sujet, et bien souvent de nouvelles pistes à creuser pour mesurer à quel point le sujet et l’image sont semblables.

Communiquer par métaphore

Utiliser des métaphores est un moyen puissant pour transmettre à son interlocuteur une image complexe et riche. Mais pour que ce mécanisme (attention métaphore) fonctionne, il est nécessaire que les participants disposent d’un référentiel commun qui leur permettent de comprendre quelles caractéristiques sont véhiculées par la métaphore. Comme nous avons eu l’occasion de le voir dans l’article sur les lois de Wiio, tout le monde n’associe pas les mêmes choses aux mêmes sujets.

Un ours, par exemple, est-il :

A – Mignon
B – Bougon
C – Un carnivore capable de décapiter un humain d’un coup de patte ?

Pour être sur de bien se comprendre, il n’est pas inutile d’expliciter la caractéristique que l’on souhaite mettre en avant.

Contamination par une métaphore

Même quand nous pensons savoir précisément de quoi nous parlons, nous sommes susceptibles de nous laisser prendre au jeu de la métaphore à nos dépens. Tout à l’heure, je parlais de la nécessité de vérifier ce sur quoi porte la similarité, mais par économie ou par confort, nous ne prenons pas toujours la peine de le faire, et nous nous exposons à certains abus de métaphore.

Si pour parler d’une entreprise, je dis qu’il s’agit d’une famille, ou une machine, je projette une image que j’ai choisi pour véhiculer des valeurs et une certaine approche sur une chose qui n’en possède peut-être pas les caractéristiques, aussi fort que nous voulions le croire parfois. Quand je demande pourquoi les commerciaux d’une entreprise se tirent dans les pattes à la première occasion et que quelqu’un me répond joyeusement « Parce que c’est la guerre ! », cela m’en dit long sur les proportions que peuvent prendre la projection de certaines images. Et en général je demande « La guerre avec qui ? Qui est l’ennemi ? » car dans toute guerre il y a un ennemi, ne plus savoir qui est l’ennemi est le meilleur moyen de poursuivre le combat contre ceux qui furent nos alliés et qui devraient encore l’être.

Pour revenir sur la conception de l’entreprise comme une machine ou une famille, chacune de ces visions ne constituent pas une représentation fidèle de l’entreprise. Certaines caractéristiques manquantes dans la métaphore peuvent s’avérer essentielles et être rejetées par l’idée de l’adhésion à la métaphore avec par exemple des phrases comme « dans une famille, ça ne se passe pas comme ça ! »

Repenser sa métaphore

Sans en arriver à jeter complètement la métaphore qui nous avait si bien servi jusqu’alors, il peut être nécessaire de se pencher sur les similarités qui existent vraiment entre le sujet et l’image et décider si elle est encore valide ou pas.

Il est possible de modifier ou de préciser simplement la métaphore (finalement, nous ne sommes pas tout à fait une voiture de sport, plus un utilitaire pratique, mais on reste une mécanique bien huilée) ou de changer complètement de point de vue pour mettre en avant d’autres caractéristiques.

Se passer de métaphore

En dernier recours, il est toujours possible de se passer complètement de métaphore. Cela nécessite de décrire précisément tout ce dont nous parlons, dans le détail, mais c’est possible. La patience et le temps dont nous disposons pour communiquer sont les seuls facteurs limitants de cette démarche qui me viennent, mais c’est possible.

Et aux âmes poètes qui ne sauraient s’en passer, et j’en fais parti, je recommanderais de faire usage de métaphore avec sagesse et de s’assurer que ceux à qui elle est destinée sachent l’apprécier pleinement sans l’abuser, pour ce qu’elle est, ni plus ni moins qu’une image.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *